Notre Saint Père Théophore Athanase naquit vers 1302 à la Nouvelle-Patras (Hypatie), au sein, croit-on, d'une famille noble et aisée, car il ne laissait jamais parler de ses origines. Devenu orphelin, il fut élevé par son oncle. Quand la ville fut prise par Alphonse Fatrigue d'Aragon qui, à la tête de la Compagnie catalane, s'était emparé du ducat latin d'Athènes (1317-1330), il s'échappa avec son oncle et trouva refuge à Thessalonique. Saisi d'un grand désir d'instruction, mais dépourvu de ressources, le jeune garçon, nommé Andronique au Saint Baptême, suivait les leçons de philosophie et de littérature classique en se tenant à la fenêtre des maîtres réputés de la ville, et ceux-ci, émus par son zèle, acceptaient souvent de l'enseigner sans honoraires. Lors d'une visite à la Sainte Montagne, il fut grandement édifié sur la vraie philosophie par ses entretiens avec les pères spirituels, mais on ne lui permit point d'y rester à cause de son jeune âge. Il s'embarqua alors pour Constantinople, où il vénéra les principaux sanctuaires et fit connaissance de personnages illustres , tels Saint Grégoire le Sinaïte (cf. 8 avril) et Saint Isidore, le futur Patriarche (1347-1349), qui le confirmèrent dans sa décision d'embrasser la vie angélique. Parvenu en Crète, il commença à y pratiquer la vie ascétique, mais discernant que l'admiration de ses protecteurs pouvait le faire tomber dans les pièges du Malin, il décida de retourner à l'Athos.

l se rendit directement à la skite de Magoula, un des hauts lieux de l'Hésychasme, où les disciples de Saint Grégoire le Sinaïte lui conseillèrent d'aller se mettre sous la direction de deux anciens très avancés dans la vertu, Moïse et Grégoire, qui demeuraient dans un endroit élevé et froid, nommé Miléa. Agé de trente ans, Andronique y fut revêtu de l'Habit monastique sous le nom d'Athanase et servit les deux anciens dans tous leurs besoins, avec humilité et sans murmure, telle une bête de somme, sans tenir compte ni des rigueurs du climat ni des limites de la nature.

Les incursions fréquentes des pirates turcs obligèrent néanmoins ces amants de l'hésychia à quitter leur cellule : Moïse se retira au Monastère d'Iviron ; Grégoire, Athanase et un autre disciple partirent pour Bérée(1). Mais la fréquentation des séculiers y faisant obstacle à leur désir de solitude, sur la recommandation d'un disciple du Sinaïte, Jacques, devenu Evêque de Serbia (2), ils se retirèrent en Thessalie, à proximité de la ville de Stagai (Kalambaka), où se dressent, à trois cents mètres d'à pic, des rochers majestueux et sauvages, que le Créateur semble avoir disposés là depuis la création du monde comme un lieu idéal pour la vie monastique(3). Ils s'installèrent sur un rocher, nommé la "Colonne", à proximité de la ville, où existait déjà une église taillée dans le roc, dédiée aux Archanges. Effrayé par l'âpreté du lieu et la difficulté du ravitaillement, Grégoire voulut trouver un endroit plus favorable, mais Athanase le conjura de prendre patience, afin de préserver leur quiétude.

La présence des ascètes attira bientôt un grand nombre de fidèles avides de conseils spirituels, et certains d'entre eux devinrent Moines. Athanase obtint alors l'autorisation de se retirer cinq jours par semaine pour s'entretenir sans distractions avec Dieu. Il s'installa dans un trou de rocher où il persévérait dans la prière continuelle en tressant de la laine pour lutter contre l'acédie. Il répétait sans cesse : « Veille, ô mon âme, pour être sauvée, et toi, mon corps, travaille, pour te nourrir. » La persévérance dans la veille lui avait fait vaincre la tyrannie du sommeil et, souvent, il se trouvait emporté pendant sa prière en d'admirables extases, dont il ne parlait cependant jamais à ses disciples. Une nuit, Grégoire vit les démons qui se ruaient sur l'antre d'Athanase pour le précipiter dans le vide. Il le contraignit alors à revenir à la vie commune; mais gêné par le bruit occasionné par la proximité de la ville, celui-ci alla s'installer dans un endroit plus calme, en contre-bas, et il ne revenait se joindre aux autres que pour la Vigile du dimanche. Il ne put, là non plus, jouir de l'hésychia, car des voleurs vinrent piller son pauvre ermitage, aussi demanda-t-il à son ancien de se réfugier sur un rocher qui dominait les autres, au sommet duquel s'étendait un large plateau propice à l'installation des Moines. Grégoire, qui voulait faire d'Athanase son successeur, hésita d'abord ; finalement il accepta, à condition qu'il soit accompagné de deux autres Moines. Ils s'installèrent donc sur ce rocher, qu'ils appelèrent le "Météore", dans deux grottes, dont l'une fut transformée en église dédiée à la Mère de Dieu.

Dix ans après son installation sur la "Colonne", Grégoire, accablé par les pressions des autorités locales, décida de retourner à Byzance, sa patrie. C'est là qu'il trouva un bienheureux repos, édifiant tous les hommes pieux de la capitale par ses vertus. Athanase désigna alors un Supérieur pour la communauté de la "Colonne" et n'accepta avec lui sur le "Météore" que quatorze Moines, capables de mener une vie d'une grande austérité, qu'il nomma les "parakelliotes". Mais il dut bientôt constater que plusieurs parmi ces ascètes, ne pouvaient se contenter de la part de Marie, la prière et la contemplation, aussi les organisa-t-il en communauté cénobitique, selon le modèle et le typikon des monastères de l'Athos, et il fit édifier pour eux une église dédiée à la Transfiguration. Il leur prescrivit de vivre dans l'unité, avec une seule volonté, de partager même nourriture et même vêtement, de renoncer à toute propriété personnelle, ne serait-ce qu'une aiguille, et de se réunir tous dans l'église pour les offices quotidiens.

Cette communauté organisée sur les fondements stables de la Tradition des Saints Pères attira un nombre grandissant de disciples, non seulement des séculiers, mais aussi des Moines qui quittaient leurs ermitages de l'Athos pour se mettre sous la direction de Saint Athanase. Celui-ci leur enseignait l'art des arts et usait du charisme de clairvoyance que Dieu lui avait accordé pour les guider sur la voie du salut. Il avait reçu aussi le don de prophétie et prédit la mort de la mère de Saint Joasaph ainsi que, trois ans à l'avance, le siège manqué de Thessalonique par les Turcs (1372). Avide de préserver cependant sa chère hésychia, il avait placé son disciple Grégoire pour l'administration ordinaire du Monastère. A la mort de ce dernier, la direction passa au Hiéromoine Macaire, puis à Agathon, qui était venu du Mont Athos avec ses disciples; puis, celui-ci étant décédé, Saint Athanase, âgé de soixante-dix-huit ans, malade et prévoyant son prochain départ, désigna le prince-moine Joasaph pour lui succéder. Au bout de quarante jours de maladie, il fut réuni au choeur des Saints Pères (1380), mais il ne cessa pas de veiller invisiblement au cours des siècles sur les Monastères de cette nouvelle Thébaïde.

Notre Saint Père Joasaph était nommé dans le monde Jean Ouroch Paléologue. Son père Syméon Ouroch était descendant, par lignée paternelle, de l'illustre dynastie serbe des Némanides (cf 13 fév.). A la mort de son frère Etienne Douchan (1331-1356), il avait refusé de reconnaître le successeur du trône de Serbie, et avait constitué l'Epire et la Thessalie en un royaume séparé, avec pour capitale Trikala. A sa mort, en 1371, son fils Jean devait prendre la succession. Mais celui-ci, avide de gagner dès ici-bas le Royaume des Cieux, préféra revêtir l'habit grossier des Moines plutôt que la pourpre. Il laissa son parent Alexis Ange Philanthropinos à la tête de son royaume et rejoignit Saint Athanase, avec lequel il avait lié, déjà depuis des années, une amitié toute spirituelle. Lorsque Saint Athanase tomba malade, Joasaph avait quitté les Météores et se trouvait à l'Athos ; mais après la mort du Saint, il assuma la succession, dota le Monastère de nombreux objets précieux et, grâce à l'aide de sa soeur Angéline Doukas Paléologue, la veuve du despote d'Epire Thomas Preliubovich, il acheva le Catholicon et construisit des cellules et tous les bâtiments nécessaires au fonctionnement d'un grand Monastère (1388). Sous la menace des incursions turques, il fut contraint de quitter le "Météore" avec d'autres Moines, pour se réfugier au Monastère de Vatopédi à l'Athos. Le danger écarté, il retourna sur son rocher (1401), entre ciel et terre, où il termina paisiblement son séjour terrestre (1423). Tout comme Athanase, Saint Joasaph avait refusé d'être ordonné Prêtre et, au lieu d'Higoumène, il se faisait appeler "Père" des Météores.

Outre Saints Athanase et Joasaph, les Saints connus des Météores sont : Daniel le Stylite (XVIIe s.), Nicodème Moine et Martyr (XVle), Nectaire et Théophane, fondateurs de Barlaam (cf. 17 mai), Benoît leur disciple, Maxime et Joasaph, fondateurs de Roussano (XVIe), Grégoire et Théodose, fondateurs de Saint-Grégoire (XIVe), Nil l'Ami de Dieu (XIVe), fondateur de l'Hypapante, Antoine (XIVe) et Philothée (XV1e), fondateurs de Saint-Etienne, Denys le Miséricordieux, Evêque de Larissa (XVIe) (cf. 28 mars), et Nicanor, exarque de Stagai (XVIe), fondateurs de Saint-Nicolas d'Anapavsa (4).

1). Selon le même parcours suivi, quelques années plus tôt, par St. Grégoire le Sinaïte et St. Grégoire Palamas (1326). Il est probable que ce dernier avait alors quitté la skite de Bérée.
2). Petit siège épiscopal situé près de Cozane, en Macédoine.
3). On pense que des ascètes vécurent sur ces rochers, sans organisation précise, depuis une époque très reculée. Au XlIe s. ils se groupèrent sous la dénomination de la skite de Doupiane ou de Stagai, avec une église de la Mère de Dieu, laquelle skite prit une certaine importance au XIVe s., sous la direction du Prôtos S. Daniel, et acquit son indépendance à l'égard de l'Evêque local un peu avant l'arrivée de St. Athanase. Une fois organisée sous la forme cénobitique par Athanase la vie monastique connut aux Météores un grand élan, qui atteignit son apogée au XVIe s., époque à laquelle furent fondés et ornés de fresques splendides la plupart des Monastères. On en a compté jusqu'à vingt-quatre, mais aujourd'hui il n'en reste que sept : la Transfiguration, Barlaam, S. Nicolas-Anapavsa, Sainte-Trinité, Saint-Etienne, Roussano et l'Hypapante.
4). A Simonos-Petras, où la communauté monastique est originaire des Météores, on célèbre leur Synaxe le Troisième Dimanche de Matthieu (lVe après la Pentecôte).




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